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Utopie sous surveillance
Un seigneur et son valet, une maîtresse et sa servante, font naufrage sur une île gouvernée par des esclaves fugitifs. Trivelin, le maître de l’île, leur ordonne d’échanger leurs habits et leurs rôles, pour « corriger » les maîtres en leur faisant éprouver l’humiliation de l’esclavage. Il promet de les libérer quand ils se seront amendés.
Cette inversion des rôles et des codes, comme au carnaval, provoque un défoulement jubilatoire et cruel et révèle, en mettant à nu les quatre protagonistes, les dérives du pouvoir de l’homme sur l’homme. Le projet utopique des esclaves affranchis vire à la barbarie, soulignant le risque totalitaire de certaines expériences réparatrices. Mais toujours subsiste le rire, comme une nécessaire catharsis. Un rire libérateur qui sauvera ces quatre êtres, en faisant accepter leur lâcheté et leurs contradictions et finalement, en laissant apparaître leur beauté.
Pour préparer ce spectacle, Éric Massé a travaillé avec des détenus en maison d’arrêt : comme l’île, un espace clos, sous surveillance permanente, soumis à ses propres règles. Sa mise en scène raconte la tragédie de l’enfermement, la violence carcérale : un Trivelin maître-chien, hybride d’humanité et d’animalité, y règne sur un monde de cages grillagées et de paillasses crasseuses, baigné de lumières crues, scandé de fracas métalliques. Mais son île évoque aussi ces émissions de télé-réalité qui mêlent confessions publiques et autres formes d’humiliations sous l’oeil impitoyable des caméras. De la prison au divertissement, une manière de dénoncer notre société de surveillance permanente et de prendre la défense de la liberté.
Formé à l’École de la Comédie de Saint-Étienne, Éric Massé crée en 2000 avec Angélique Clairand
la Compagnie des Lumas, et entame une trilogie sur les meurtrières, avant de s’intéresser à l’enfermement et aujourd’hui à la psychiatrie.
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